Face à votre feuille blanche ou à votre page Word, vous vous demandez quelle est la meilleure façon pour entamer le récit de votre vie, votre autobiographie.

Faut-il commencer par le commencement, comme l’ont fait Simone de Beauvoir, Nelson Mandela, le chanteur Renaud ou Walter Isaacson, le biographe de Steeve Jobs ?

Faut-il parler d’un sujet qui a guidé votre vie et la rythme encore aujourd’hui, comme l’ont fait le Dalaï-Lama ou Gérard Depardieu ?

Faut-il livrer au lecteur une anecdote ou un événement qui ont participé à la formation de notre personnalité, comme l’ont fait Jacques Chirac, Grand Corps Malade ou Bob Dylan ?

Ma réponse est la suivante :
Non, il ne faut pas.
Mais vous pouvez, si vous le souhaitez.

J’ai choisi intentionnellement des personnalités et des styles très différents, afin de vous proposer un panel d’incipit d’autobiographies aussi coloré que l’est la vie.
Inspirez-vous en, cherchez à comprendre ce que vous aimez chez l’un ou ce qui vous agace chez l’autre. Si vous le souhaitez, vous pouvez aller plus loin dans votre investigation en lisant certaines de ces autobiographies en entier. Il vous suffira de cliquer sur l’image du livre de votre choix pour le retrouver.

Bonne lecture !

Autobiographie de Simone de Beauvoir — Mémoires d’une jeune fille rangée

             Je suis née à quatre heures du matin, le 9 janvier 1908, dans une chambre aux meubles laqués de blanc, qui donnait sur le boulevard Raspail. Sur les photos de famille prises l’été suivant, on voit de jeunes dames en robes longues, aux chapeaux empanachés de plumes d’autruche, des messieurs coiffés de canotiers et de panamas qui sourient à un bébé : ce sont mes parents, mon grand-père, des oncles, des tantes, et c’est moi. Mon père avait trente ans, ma mère vingt et un, et j’étais leur premier enfant. Je tourne une page de l’album ; maman tient dans ses bras un bébé qui n’est pas moi ; je porte une jupe plissée, un béret, j’ai deux ans et demi, et ma sœur vient de naître. J’en fus, paraît-il, jalouse, mais de temps en temps. Aussi loin que je me souvienne, j’étais fière d’être l’aînée : la première. Déguisée en chaperon rouge, portant dans mon panier galette et pot de beurre, je me sentais plus intéressante qu’un nourrisson cloué dans son berceau. J’avais une petite sœur : ce poupon ne m’avait pas.

 

Autobiographie de Charles Aznavour — Le temps des avants

             De nos jours, la mode est au bio : ce que l’on mange, boit, produit se doit de l’être. À mon tour, j’ai décidé de sacrifier à cette tendance en produisant ma bio sous forme de souvenirs. Oh, l’idée ne m’est pas venue soudainement comme un bouton de fièvre ; non, c’est plutôt que, les bios étant dans le vent, nombre d’éditeurs, et des plus prestigieux, m’ont fait savoir qu’ils seraient intéressés à m’éditer. J’ai alors à mon tour médité sur la question. Ce n’est pas que je sois lent, mais cela m’a pris quinze ans avant de me décider. Il m’était déjà arrivé en 1974 d’en produire une, mais, pour cette première, je m’étais fait aider par le journaliste Jean Nolli, qui avait comme on dit un franglais rewrité les pages en prose que je lui communiquais. C’était un peu ma vie, mais racontée par la voix d’un autre.
             Après mures réflexions – quinze ans, ça vous montre un peu à quel point je doutais de l’intérêt de la démarche -, je me suis attelé à la tâche, me souvenant de ce que m’avait soufflé un jour Harold Robbins, écrivain américain à très gros tirage : « Le public aime les success-stories, particulièrement s’il y a eu bagarre et si les débuts ont été difficiles. » Pour ce qui est des débuts difficiles, j’ai été grandement servi, et pour ce qui est de m’être battu, je ne dois rien à personne.

 

Autobiographie d’Annie Ernaux — Les années

             Toutes les images disparaîtront.

la femme accroupie qui urinait en plein jour derrière un baraquement servant de café, en bordure des ruines, à Yvetot, après la guerre, se renculottait debout, jupe relevée, et s’en retournait au café

la figure pleine de larmes d’Alida Valli dansant avec Georges Wilson dans le film Une aussi longue absence

             l’homme croisé sur un trottoir de Padoue, l’été 90, avec des mains attachées aux épaules, évoquant aussitôt le souvenir de la thalidomide prescrite aux femmes enceintes contre les nausées trente ans plus tôt et du même coup l’histoire drôle qui se racontait ensuite : une future mère tricote de la layette en avalant régulièrement de la thalidomide, un rang, un cachet. Une amie horrifiée lui dit, tu ne sais donc pas que ton bébé risque de naître sans bras, et elle répond, oui je sais bien mais je ne sais pas tricoter les manches 

 

Autobiographie de Gérard Depardieu — Innocent

L’amitié, c’est un point d’interrogation.

L’amitié n’existe peut-être que dans l’enfance.

Les amis, c’est ceux avec qui on grandit. Ensemble on fait les premières parties de pêche, on passe nos nuits dehors, on vole des cerises, on se fait prendre la main dans le sac, on se soutient. C’est ceux avec qui on se touche la quéquette aussi, on se découvre et on se construit, on vit toutes nos premières fois ensemble.

On croit beaucoup en l’amitié puis les choses se dégradent un peu. C’est plus vraiment ce qu’on croyait parce que les temps changent, nos vies changent, même nos molécules changent.

Le temps d’un garçon de quinze ans n’est pas celui d’un homme de quarante ans, encore moins celui d’un homme de soixante-dix ans.

Alors on se dit que l’amitié, c’est peut-être comme une fleur. Ca pousse, ça se fane, ça disparaît, puis la saison d’après, ça peut revenir comme une pivoine que l’on croyait perdue et qui d’un coup se donne à voir, éclabousse de ses plus belles couleurs.

 

Autobiographie de Jacques Chirac — Chaque pas doit être un but

            Je garde à portée de main, depuis longtemps, un document personnel résumant les grandes étapes de l’évolution de la Vie, de la Terre et de l’Univers. Cette fiche chronologique, qui remonte aux sources mêmes de notre histoire collective, ne m’a jamais quitté, que ce soit dans la vie courante ou dans l’exercice du pouvoir, à l’Élysée ou lors de mes déplacements à l’étranger. Il m’est souvent arrivé de l’extraire de ma serviette et de m’y plonger quand une réunion me paraissait trainer en longueur ou se perdre dans des débats inutiles.
            Le fait de consulter régulièrement un tel document m’a sans doute conforté dans une certaine idée de la relativité des choses, aidé à préserver la distance, le recul nécessaire à une meilleure compréhension des hommes et des événements. Celui-ci demeure aujourd’hui une de mes références les plus précieuses pour apprécier, sur la durée, l’importance des enjeux auxquels notre planète est confrontée, et interpréter la psychologie des peuples et de leurs dirigeants à la lumière des traditions, des façons d’être, de vivre et de penser qui l’ont façonnée de longue date.

 

Autobiographie du Dalaï-Lama — Mon autobiographie spirituelle

             Mon premier engagement de vie, en tant qu’être humain, est la promotion des valeurs humaines et des qualités de cœur, qui sont les éléments clés d’une vie heureuse au niveau de l’individu, la famille et la communauté. À notre époque, il me semble que l’on ne cultive pas suffisamment ces qualités intérieures, c’est pourquoi ma priorité est de les développer.
             Mon deuxième engagement de vie, en tant que moine bouddhiste, est la promotion de l’harmonie entre les religions. Nous admettons en démocratie la nécessité du pluralisme dans la vie politique. Pourtant nous hésitons, quand il s’agit de la diversité des croyances et des religions. Malgré leurs concepts et leurs philosophies différentes, toutes les principales traditions religieuses comportent un même message d’amour, de compassion, de tolérance, de tempérance et de contrôle de soi. Elles ont aussi en commun le potentiel de nous aider à mener une vie plus heureuse.
             Mon troisième engagement de vie, en tant que Dalaï-Lama, est la cause du Tibet, qui me concerne tout particulièrement. J’ai une responsabilité spéciale envers le peuple tibétain car il continue de placer son espoir et sa confiance en moi, pendant cette période critique de notre histoire. Le bien-être des Tibétains est ma motivation constante et je me considère comme leur porte-parole libre en exil, dans leur combat pour la justice.
             Ce dernier engagement prendra fin dès qu’une situation mutuellement satisfaisante aura été trouvée entre Tibétains et Chinois. Quant aux deux premiers engagements, je les poursuivrai jusqu’à mon dernier souffle.

 

Autobiographie de Simon Veil — Une vie

             Les photos conservées de mn enfance le prouvent : nous formions une famille heureuse. Nous voici, les quatre frères et sœurs, serrés autour de Maman ; quelle tendresse entre nous ! Sur d’autres photos, nous jouons sur la plage de Nice, nous fixons l’objectif dans le jardin de notre maison de vacances à La Ciotat, nous rions aux éclats, mes sœurs et moi, lors d’un camp d’éclaireuses… On devine que les fées s’étaient penchées sur nos berceaux. Elles avaient noms harmonie et complicité. Nous avons donc reçu les meilleures armes pour affronter la vie. Au-delà des différences qui nous opposaient et des difficultés qu’il nous fallut affronter, nos parents nous offrirent en effet la chaleur d’un foyer uni, et, ce qui comptait plus que tout à leurs yeux, une éducation à la fois intelligente et rigoureuse.
              Plus tard, mais très vite, le destin s’est ingénié à brouiller des pistes qui semblaient si bien tracées, au point de ne rien laisser de cette joie de vivre. Chez nous comme dans tant de familles juives françaises, la mort a frappé tôt et fort.

 

Autobiographie de Bob Dylan — Chroniques Volume 1

             Lou Levy, le grand patron de Leed Music Publishing, m’a emmené en taxi au Pythian Temple, West 70th Street — pour me montrer le minuscule studio où Bill Haley and his Comets avaient enregistré Rock Around the Clock —, puis au restaurant de Jack Dempsey au coin de la 58e et de Broadway. Nous nous sommes assis devant la vitre sur les banquettes rouges.

             Lou m’a présenté à Dempsey. Le grand boxeur a brandi le poing.

             « Tu me parais bien léger pour un jeune poids lourd, toi, faudrait grossir un peu. T’habiller mieux, aussi. Pas sur le ring, là, tu n’as pas besoin de grand-chose. Mais faut en jeter, mon gars. Et n’aie pas peur de cogner sec.

             — Ce n’est pas un boxeur, Jack, il écrit des chansons, on va les publier.

             — Ah ouais ? Eh ben, j’espère entendre ça un jour. Bonne chance, petit. »

 

Biographie de Steve Jobs par Walter Isaacson

             Paul Jobs avait servi dans les gardes-côtes pendant la Seconde Guerre mondiale ; lorsqu’il accosta à San Francisco pour être démobilisé, il fit un pari avec ses coéquipiers : il trouverait une femme dans les quinze jours ! Il était mécanicien, grand, tatoué, et ressemblait un peu à James Dean. Mais ce n’est pas son physique de « beau gosse » qui lui permit d’avoir rendez-vous avec Clara Hagopian, une douce et jolie fille d’immigrants arméniens ; Paul Jobs et ses amis avaient réussi à avoir une voiture, à l’inverse du groupe avec lequel elle avait prévu originellement de sortir ce soir-là. Dix jours plus tard, en mars 1946, Paul déclara sa flamme et remporta son pari. Ce serait un mariage heureux, de ceux qui durent jusqu’à la mort, pendant près d’un demi-siècle.
             Paul Reinhold Jobs grandit dans une ferme de Germantown, dans le Wisconsin. Malgré un père alcoolique, qui parfois frappait un peu trop fort, Paul demeura un être doux et tranquille, derrière sa carapace. Après avoir abandonné le lycée, il avait travaillé de-ci de-là dans le Middle West comme mécanicien. À l’âge de dix-neuf ans, il fut enrôlé dans les gardes-côtes, bien qu’il ne sache pas nager. Affecté à l’USS M.C. Meigs, il transporta durant la majeure partie de la guerre des troupes en Italie pour le général Patton. Ses talents de mécanicien et de machiniste lui valurent plusieurs distinctions ; malheureusement, il se retrouva de temps en temps mêlé à des incidents mineurs durant son service et ne dépassa jamais le grade de matelot.
            
Clara naquit dans le New Jersey, où ses parents avaient atterri après avoir fui la répression des Turcs en Arménie. Toute la famille était ensuite partie à San Francisco, dans le Mission District, quand elle était enfant. Clara avait un secret qu’elle avait confié à très peu de personnes : elle était déjà mariée, mais son mari avait été tué pendant la guerre. Alors, lorsqu’elle avait rencontré Paul Jobs, elle y avait vu l’espoir d’un nouveau départ.

 

Autobiographie de Michael Jackson — Moon Walk

J’ai toujours voulu raconter des histoires. J’aimerais m’asseoir près du feu avec des gens autour de moi et inventer des contes, qu’ils arriveraient à voir en images, et qui les emmèneraient ailleurs, n’importe où, rien qu’avec des mots. J’aimerais les faire rire et les faire pleurer. Des histoires tellement émouvantes que leur âme en serait transformée. J’imagine ce que les grands écrivains peuvent ressentir, quand ils ont un tel pouvoir. Parfois, j’ai l’impression que je pourrais le faire aussi. C’est quelque chose que j’aimerais développer. Dans une certaine mesure, écrire des chansons demande la même habileté, provoque les mêmes émotions de joie et de tristesse.

Mais une histoire est une esquisse. C’est du vif-argent. Il y a très peu de livres sur l’art de raconter, comment accrocher l’attention, comment rassembler un groupe de gens autour de soi et les amuser. Pas de costume, pas de maquillage, rien du tout, seulement vous et votre choix. Et avec ça, vous pouvez les subjuguer et transformer leur vie, l’espace de quelques minutes.

Pour commencer, il y a une chose que j’aimerais dire aux gens quand ils me demandent de leur parler de mes souvenirs des Jackson Five : j’étais tellement jeune à l’époque, quand nous avons commencé à travailler ensemble que j’ai presque tout oublié. La plupart des gens peuvent s’offrir le luxe de commencer plus tard dans leur « comment », mais ce n’est pas mon cas. Moi je n’avais que cinq ans à ce moment-là.

Autobiographie de Grand Corps Malade — Patients

J’ai envie de vomir.

J’ai toujours été en galère dans les moyens de transport, quels qu’ils soient. J’ai mal au cœur en bateau, bien sûr, mais aussi en avion, en voiture… Alors là, allongé sur le dos à contresens de la marche, c’est un vrai calvaire.

Nous sommes le 11 août et il doit bien faire 35 degrés dans l’ambulance. Je suis en sueur, mais pas autant que l’ambulancier qui s’affaire au-dessus de moi ; je le vois manipuler des tuyaux, des petites poches et plein d’autres trucs bizarres. Il a de l’eau qui lui glisse sur le visage et qui forme au niveau du menton un petit goutte-à-goutte bien dégueulasse.

Je sors tout juste de l’hôpital où j’étais en réanimation ces dernières semaines. On me conduit aujourd’hui dans un grand centre de rééducation qui regroupe toute la crème du handicap bien lourd : paraplégiques, tétraplégiques, traumatisés crâniens, amputés, grands brûlés… Bref, je sens qu’on va bien s’amuser.

 

Autobiographie de Roman Polanski — Roman


Aussi loin que je remonte dans mes souvenirs, la frontière entre le réel et l’imaginaire a toujours été désespérément brouillée.

Il m’aura fallu presque une vie pour comprendre que c’était là la clef de mon existence même. Cela m’aura valu plus que ma part de chagrins, d’affrontements, de catastrophes et de déceptions. Mais j’ai vu s’ouvrir devant moi des portes qui, sans cela, seraient demeurées fermées à jamais.

L’art et la poésie, la fantaisie et l’imaginaire m’ont toujours paru plus réels que les étroites limites du monde au sein duquel j’ai grandi dans la Pologne communiste. Très jeune, j’avais déjà l’impression d’être différent de ceux qui m’entouraient : je vivais dans un monde à part qui n’appartenait qu’à moi parce qu’il était le fruit de mon imagination.

Je ne pouvais assister à une course cycliste à Cracovie sans me voir aussitôt sous les traits d’un futur champion. Je ne pouvais voir un film sans m’en imaginer vedette ou, mieux encore, réalisateur, derrière la caméra. Assis au poulailler d’un théâtre, je ne doutais pas un instant que, tôt ou tard, ce serait moi qui occuperais tous les regards, au centre de la scène à Varsovie, à Moscou, voire — pourquoi pas ? – à Paris, cette capitale culturelle du monde, si lointaine et si romanesque. 

Autobiographie de Jean-Pierre Marielle — Le grand n’importe quoi

Âge

Je ne suis jamais de mon âge. Selon les jours, je rajeunis ou vieillis à loisir. Ma carte d’identité annonce que je suis né en 1932, à la saison des morilles, et c’est la seule preuve dont je dispose pour m’assurer que je n’ai plus quarante ans. Je fume, bois, mange ce qui me plaît. Je ne sais pas à qui rendre grâces de ce petit miracle : héritage génétique ? puissance bienveillante ? coïncidence heureuse ?

Amis

Jean-Paul Belmondo, Bruno Cremer, Françoise Fabian, Jean Rochefort, Pierre Vernier — tous rencontrés au Conservatoire —, Guy Bedos et Claude Rich — dont j’ai fait la connaissance au cours de la rue Blanche : j’ai les mêmes amis depuis cinquante ans, pourvu qu’ils soient encore vivants, c’est tout ce que je leur demande. Satisfait des miens, je n’ai pas éprouvé le besoin d’en changer. Jamais nous ne nous sommes fâchés plus d’une soirée — pour nous réconcilier avec effusion dès le matin. Nous nous comprenons en peu de mots et formons une famille, sans ses inconvénients. Nous n’évoquons pas le passé, puisque nous le partageons, seulement le présent et l’avenir. Chemin faisant, j’ai croisé d’autres amis, parfois tardivement, dont Henri Salvador, le réalisateur Jean-Daniel Verhaeghe, complice de belles heures, responsable d’agréables rencontres, ou le scénariste et cinéaste Serge Frydman, esprit fin, acide et camarade fidèle.

J’ai réussi mes amitiés et ce n’est pas loin d’être ma plus grande fierté.

Amour

« L’amour c’est gai, l’amour c’est triste », disait le beau film de Jean-Daniel Pollet, dans lequel j’ai eu le bonheur de jouer. Rien à ajouter : les films, les livres, les chansons apportent des réponses aux questions que l’on se pose, ou nous confrontent à de nouvelles interrogations, sitôt résolues.

C’est également un mot agréable en bouche, surtout précédé d’un adjectif possessif.

Autobiographie de Nelson Mandela — Un long chemin Vers la liberté

         En plus de la vie, d’une forte constitution, et d’un lien immuable à la famille royale des Thembus, la seule chose que m’a donnée mon père à la naissance a été un nom, Rolihlahla. En xhosa, Rolihlahla signifie littéralement « tirer la branche d’un arbre », mais dans la langue courante sa signification plus précise est « celui qui crée des problèmes ». Je ne crois pas que les noms déterminent la destinée ni que mon père ait deviné mon avenir d’une façon ou d’une autre mais, plus tard, des amis et des parents attribueront en plaisantant à mon nom de naissance les nombreuses tempêtes que j’ai déclenchées et endurées. On ne m’a donné mon prénom anglais ou chrétien plus connu qu’au premier jour d’école, mais je vais trop vite.
         Je suis né le 18 juillet 1918, à Mvezo, un petit village au bord de la rivière Mbashe, dans le district d’Umtata, la capitale du Transkei.

Autobiographie de Michel Polnareff — Spèrme

Il n’est pas mon fils, je suis son père

Je ne suis pas son père, il est mon fils

Qui suis-je ?

Tellement de gens se sont posé la question. Moi le premier. Difficile d’y répondre quand on connaît la complexité de la situation.

Je suis cet homme qui l’a sauvé des eaux une nuit de décembre. Cela fait-il de moi un sauveur ? Lui ai-je vraiment fait un cadeau ? Difficile à dire si on considère le monde vers lequel je l’ai guidé. Un monde dans lequel moi-même je n’ai jamais vraiment trouvé ma place.

Louka est venu au monde en douceur dans le chaos.

Comme tous les soirs, ce 27 décembre 2011, j’étais allé dîner dehors. J’ai mes habitudes dans quelques restaurants où je me sens chez moi à Palm Springs. Danyellah n’avait pas voulu m’accompagner. Not in the mood.

Autobiographie de Renaud — Comme un enfant perdu

Je suis né dans une famille heureuse et dont j’ai longtemps ignoré les secrets. Ces secrets qui plus tard m’ont arraché des larmes, m’ont précipité dans la culpabilité sans que je parvienne jamais à trouver les mots pour les exprimer. Je suis né le 11 mai 1952, cinquième enfant d’une famille qui allait en compter six.

Au milieu des années 1950, à l’âge où je commence à lever le nez de mon nombril, tous ou presque sont déjà là autour de moi, aimants et rassurants, propres à me donner un sentiment d’éternité. Mon père, Olivier Séchan, écrivain, dont le crépitement de la machine, une valeureuse Underwood, accompagne mes premiers souvenirs. Ma mère, Solange, entièrement dévouée aux tâches de la maison, veillant à ce que nous ne manquions de rien et à protéger son mari de nos chahuts.

Autobiographie de Neil Young – Une autobiographie

         J’ai enlevé le ruban adhésif qui entourait l’emballage en carton. Le sol à mes pieds était jonché de bouts de papier cadeau. Ben m’observait de son fauteuil, Amber et Pegi étaient assises autour de moi. J’ai doucement soulevé la lourde boîte. Elle était entourée d’un autre emballage et d’une épaisse couche d’un matériau de protection blanc. L’objet s’est alors révélé à moi : une locomotive portant un logo « Lionel » peint à la main. En fait, ce n’était pas tout à fait un modèle de série Lionel, mais un prototype. Il y avait une feuille de papier à l’intérieur, avec un message de Lenny Carparelli, l’un des nombreux Italo-Américains qui font partie de l’histoire de cette société dans laquelle je garde encore des parts. J’ai lu ce qu’il avait écrit. L’engin était un modèle fabriqué par la General Models Corporation, une superbe locomotive de triage, et c’était bien le prototype dont Lionel s’était servi pour son propre modèle. Comme l’écrivait Carparelli, à l’époque les procès pour contrefaçon et espionnage commercial n’avaient pas encore envahi le monde de la création et du design.